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Vendredi 14 novembre 2008 5 14 /11 /Nov /2008 19:54

PRIX GONCOURT 2008


Quelque part en Afghanistan ou ailleurs

La chambre est petite. Rectangulaire. Elle est étouffante malgré ses murs clairs, couleur cyan, et ses deux rideaux aux motifs d'oiseaux migrateurs figés dans leur élan sur un ciel jaune et bleu. Troués ça et là, ils laissent pénétrer les rayons du soleil pour finir sur les rayures éteintes d'un kilim. Au fond de la chambre, il y a un autre rideau. Vert. Sans motif aucun. Il cache une porte condamnée. Ou un débarras.

La chambre est vide. Vide de tout ornement. Sauf sur le mur qui sépare les deux fenêtres où on a accroché un petit kandjar et, au-dessus du kandjar, une photo, celle d'un homme moustachu. Il a peut-être trente ans. Cheveux bouclés. Visage carré, tenu entre parenthèses par deux favoris, taillés avec soin. Ses yeux noirs brillent. Ils sont petits, séparés par un nez en bec d'aigle. L'homme ne rit pas, cependant il a l'air de quelqu'un qui refrène son rire. Cela lui donne une mine étrange, celle d'un homme qui, de l'intérieur, se moque de celui qui le regarde. La photo est en noir et blanc, coloriée artisanalement avec des teintes fades.

Face à cette photo, au pied d'un mur, le même homme, plus âgé maintenant, est allongé sur un matelas rouge à même le sol. Il porte une barbe. Poivre et sel. Il a maigri. Trop. Il ne lui reste que la peau. Pâle. Pleine de rides. Son nez ressemble de plus en plus au bec d'un aigle. Il ne rit toujours pas. Et il a encore cet étrange air moqueur. Sa bouche est entrouverte. Ses yeux, encore plus petits, sont enfoncés dans leurs orbites. Son regard est accroché au plafond, parmi les poutres apparentes, noircies et pourrissantes. Ses bras, inertes, sont étendus le long de son corps. Sous sa peau diaphane, ses veines comme des vers essoufflés s'entrelacent avec les os saillants de sa carcasse. Au poignet gauche, il porte une montre mécanique, et à l'annulaire une alliance en or. Dans le creux de son bras droit, un cathéter perfuse un liquide incolore provenant d'une poche en plastique suspendue au mur, juste au-dessus de sa tête. Le reste de son corps est couvert par une longue chemise bleue, brodée au col et aux manches. Ses jambes, raides comme deux piquets, sont enfouies sous un drap blanc, sale.




Publié dans : Incipit - Par Anais
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Commentaires

Si un autre regard vous intéresse, j'ai également consacré une critique à Syngué sabour sur mon blog "L'or des livres".
Commentaire n°1 posté par Emmanuelle Caminade le 19/11/2008 à 10h09
Bonjour Fabienne,

Je vous écris dans les commentaires de votre blog, car je ne sais pas si vous recevez mes emails.
Je viens aux nouvelles concernant votre critique de « Jeanne d'Arc, vérités et légendes». Pensez-vous la publier bientôt ?

Le problème des critiques non publiées, ce n’est pas tant les relances qu’elles nous demandent, mais c’est qu’elles pénalisent les autres blogueurs : il nous est difficile de retourner voir les éditeurs pour leur demander des livres quand il manque des critiques, et ça décale d’autant la prochaine édition de l’opération Masse Critique.

J’espère que vous comprendrez le problème,

Guillaume
Commentaire n°2 posté par Guillaume le 24/03/2009 à 17h38
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