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Poésies

Samedi 18 octobre 2008










“Pourquoi la lampe s'est-elle éteinte ?

Je l'entourais de mon manteau pour la mettre à l'abri du vent ;

c'est pour celà que la lampe s'est éteinte.

Pourquoi la fleur s'est-elle fanée ?

Je la pressais contre mon coeur avec inquiétude et amour ;

voilà pourquoi la fleur s'est fanée.

Pourquoi la rivière s'est-elle tarie ?

Je mis une digue en travers d'elle afin qu'elle servît à moi seul ;

voilà pourquoi la rivière s'est tarie.

Pourquoi la corde de la harpe s'est-elle cassée ?

J'essayais de donner une note trop haute pour son clavier ;

voilà pourquoi la corde de la harpe s'est cassée.”










- Par Anais
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Jeudi 16 octobre 2008



Réveil de vacances











Je me disais : il est sept heures du matin.
Ce sera tout un jour à courir dans le thym,
Près du merisier rose et près de la cigale.
Tout un jour à goûter la feuille et le pétale.
A poursuivre la joie autour des rosiers ronds,
A danser dans l'azur avec les moucherons.




 

- Par Anais
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Samedi 11 octobre 2008




FLEURS














D’un gradin d’or, - parmi les cordons de soie, les gazes grises, les velours verts et les disques de cristal qui noircissent comme du bronze au soleil, - je vois la digitale s’ouvrir sur un tapis de filigranes d’argent, d’yeux et de chevelures.
Des pièces d’or jaune semées sur l’agate, des piliers d’acajou supportant un dôme d’émeraudes, des bouquets de satin blanc et de fines verges de rubis entourent la rose d’eau.
Tels qu’un dieu aux énormes yeux bleus et aux formes de neige, la mer et le ciel attirent aux terrasses de marbre la foule des jeunes et fortes roses.





Arthur Rimbaud




( Illuminations)






- Par Anais
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Mercredi 8 octobre 2008



" Passionnément "

 

 

Je l'aime un peu, beaucoup, passionnément,

Un peu c'est rare, et beaucoup tout le temps.

Passionnément est dans tous nos mouvements :

Il s'est caché sous cet : un peu, bien sage

Et dans : beaucoup il bat sous mon corsage.

Passionnément ne dort pas davantage

Que mon amour aux pieds de mon amant

Et que ma lèvre en baisant son visage.

 

 

Une froideur secrètement brûlante

Brûle mon corps, mon esprit, ma raison,

Comme la paix anime le tison

Par une ardeur lentement violente.

 

Mon coeur tiré d'une force alléchante

Dessous le joug d'une franche prison,

Boit à longs traits l'aigre-douce poison,

Qui tous mes sens heureusement enchante.

 

Le premier feu de mon moindre plaisir

Fait haleter mon altéré désir.

Plus maintenant vous oblige ma foi :

Car j'aime tant cela que j'imagine

Que je ne puis aimer ce que je vois.

 

 

Louise de Vilmorin

 

 

- Par Anais
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Mercredi 8 octobre 2008

"Non l'amour n'est pas mort"




Non, l'amour n'est pas mort en ce coeur et ses yeux et cette bouche qui [ proclamait ses funérailles commencées.

Ecoutez, j'en ai assez du pittoresque et des couleurs et du charme.

J'aime l'amour, sa tendresse et sa cruauté.

Mon amour n'a qu'un seul nom, qu'une seule forme.

Tout passe. Des bouches se collent à cette bouche.

Mon amour n'a qu'un nom, qu'une forme.

Et si quelque jour tu t'en souviens

O toi, forme et nom de mon amour,

Un jour sur la mer entre l'Amérique et l'Europe,

A l'heure où le rayon final du soleil se réverbère sur la surface ondulée des [ vagues, ou bien une nuit d'orage sous un arbre dans la campagne, ou [ dans une rapide automobile,

Un matin de printemps boulevard Malesherbes,

Un jour de pluie,

A l'aube avant de te coucher,

Dis-toi, je l'ordonne à ton fantôme familier, que je fus seul à t'aimer [ davantage et qu'il est dommage que tu ne l'aies pas connu.

Dis-toi qu'il ne faut pas regretter les choses : Ronsard avant moi et [ Baudelaire ont chanté le regret des vieilles et des mortes qui [ méprisèrent le plus pur amour.

Toi, quand tu seras morte,

Tu seras belle et désirable.

Je serai mort déjà, enclos tout entier dans ton corps immortel, en ton [ image étonnante présente à jamais parmi les merveilles perpétuelles de [ la vie et de l'éternité, mais si je vis

Ta voix et son accent, ton regard et ses rayons,

L'odeur de toi et celle de tes cheveux et beaucoup d'autres choses [ encore vivront en moi,

En moi qui ne suis ni Ronsard ni Baudelaire,

Moi qui suis Robert Desnos et qui, pour t'avoir connue et aimée,

Les vaux bien.

Moi qui suis Robert Desnos, pour t'aimer

Et qui ne veux pas attacher d'autre réputation à ma mémoire sur la terre [ méprisable.



Robert Desnos, Corps et biens
(1930)





- Par Anais
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Lundi 6 octobre 2008

Des fleurs fines et mousseuses comme l'écume



Des fleurs fines et mousseuses comme l'écume
Poussaient au bord de nos chemins
Le vent tombait et l'air semblait frôler tes mains
Et tes cheveux avec des plumes.


L'ombre était bienveillante à nos pas réunis
En leur marche, sous le feuillage ;
Une chanson d'enfant nous venait d'un village
Et remplissait tout l'infini.


Nos étangs s'étalaient dans leur splendeur d'automne
Sous la garde des longs roseaux
Et le beau front des bois reflétait dans les eaux
Sa haute et flexible couronne.


Et tous les deux, sachant que nos coeurs formulaient
Ensemble une même pensée,
Nous songions que c'était notre vie apaisée
Que ce beau soir nous dévoilait.


Une suprême fois, tu vis le ciel en fête
Se parer et nous dire adieu ;
Et longtemps et longtemps tu lui donnas tes yeux
Pleins jusqu'aux bords de tendresses muettes.



" Les heures du soir "





- Par Anais
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Vendredi 9 mai 2008

LES LILAS ET LES ROSES






O mois des floraisons mois des métamorphoses
Mai qui fut sans nuage et Juin poignardé
Je n'oublierai jamais les lilas ni les roses
Ni ceux que le printemps dans les plis a gardés



Je n'oublierai jamais l'illusion tragique
Le cortège les cris la foule et le soleil
Les chars chargés d'amour les dons de la Belgique
L'air qui tremble et la route à ce bourdon d'abeilles
Le triomphe imprudent qui prime la querelle
Le sang que préfigure en carmin le baiser
Et ceux qui vont mourir debout dans les tourelles
Entourés de lilas par un peuple grisé



Je n'oublierai jamais les jardins de la France
Semblables aux missels des siècles disparus
Ni le trouble des soirs l'énigme du silence
Les roses tout le long du chemin parcouru
Le démenti des fleurs au vent de la panique
Aux soldats qui passaient sur l'aile de la peur
Aux vélos délirants aux canons ironiques
Au pitoyable accoutrement des faux campeurs



Mais je ne sais pourquoi ce tourbillon d'images
Me ramène toujours au même point d'arrêt
A Sainte-Marthe Un général De noirs ramages
Une villa normande au bord de la forêt
Tout se tait L'ennemi dans l'ombre se repose
On nous a dit ce soir que Paris s'est rendu
Je n'oublierai jamais les lilas ni les roses
Et ni les deux amours que nous avons perdus



Bouquets du premier jour lilas lilas des Flandres
Douceur de l'ombre dont la mort farde les joues
Et vous bouquets de la retraite roses tendres
Couleur de l'incendie au loin roses d'Anjou



(Le Crève-coeur, 1941)

- Par Anais
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Lundi 28 avril 2008

Tu es plus belle que le ciel et la mer



Quand tu aimes il faut partir
Quitte ta femme quitte ton enfant
Quitte ton ami quitte ton amie
Quitte ton amante quitte ton amant
Quand tu aimes il faut partir
Le monde est plein de nègres et de négresses
Des femmes des hommes des hommes des femmes
Regarde les beaux magasins
Ce fiacre cet homme cette femme ce fiacre
Et toutes les belles marchandises


Il y a l'air il y a le vent
Les montagnes l'eau le ciel la terre
Les enfants les animaux
Les plantes et le charbon de terre


Apprends à vendre et à acheter à revendre
Donne prends donne prends


Quand tu aimes il faut savoir
Chanter courir manger boire
Siffler
Et apprendre à travailler


Quand tu aimes il faut partir
Ne larmoie pas en souriant
Ne te niche pas entre deux seins
Respire marche pars va-t-en


Je prends mon bain et je regarde
Je vois la bouche que je connais
La main la jambe l'oeil
Je prends mon bain et je regarde


Le monde entier est toujours là
La vie pleine de choses surprenantes
Je sors de la pharmacie
Je descends juste de la bascule
Je pèse mes 80 kilos
Je t'aime



- Par Anais
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Jeudi 24 avril 2008

Ce poéme , extrait de Poèmes à Lou écrits au Front en 1915 , est dédié à Louise de Coligny- Chatillon





"Il y a...

Il y a des petits ponts épatants
Il y a mon coeur qui bat pour toi
Il y a une femme triste sur la route
Il y a un beau petit cottage dans un jardin
Il y a six soldats qui s'amusent comme des fous
Il y a mes yeux qui cherchent ton image

Il y a un petit bois charmant sur le colline
Et un vieux territorail pisse quand nous passons
Il y a un poète qui rêve au ptit Lou
Il y a un ptit Lou exquis dans ce grand Paris
Il y a une batterie dans une forêt
Il y a un berger qui paît ses moutons
Il y a ma vie qui t'appartient
Il y a mon porte-plume réservoir qui court qui court
Il y a un rideau de peupliers délicat délicat
Il y a toute ma vie passée qui est bien passée
Il y a des rues étroites à Menton où nous nous sommes aimés
Il y a une petite fille de Sospel qui fouette ses camarades
Il y a mon fouet de conducteur dans mon sac à avoine
Il y a des wagons belges sur la voie
Il y a mon amour
Il y a toute la vie
Je t'adore"

Guillaume Apollinaire

- Par Anais
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Vendredi 18 avril 2008

En hommage à  Aimé Césaire









LA ROUE





La roue est la plus belle découverte de l'homme et la seule
il y a le soleil qui tourne
il y a la terre qui tourne
il y a ton visage qui tourne sur l'essieu de ton cou quand
tu pleures
mais vous minutes n 'enroulerez-vous pas sur la bobine à
vivre le sang lapé
l'art de souffrir aiguisé comme des moignons d'arbre par les
couteaux de l'hiver
la biche saoule de ne pas boire
qui me pose sur la margelle inattendue ton
visage de goélette démâtée
ton visage
comme un village endormi au fond d'un lac
et qui renaît au jour de l'herbe et de l'année
germe

 

- Par Anais
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