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Aung San Suu Kyi

Mercredi 8 octobre 2008






Entretien réalisé par Lin Zuqiang en novembre 2002, journaliste basé à Paris


Le prix Unesco-Madanjeet Singh pour la promotion de la tolérance et de la non-violence vous a été décerné en 2002. Depuis des années, vous avez reçu de nombreux prix internationaux, dont le Nobel de la paix en 1991. En quoi vous sont-ils utiles ?

Ces distinctions ont été très utiles à notre mouvement, parce qu’elles montrent que nous avons le soutien et la sympathie de gens du monde entier. Pour moi, ces prix sont décernés au mouvement, pas à moi personnellement.


Qu’attendez-vous de la communauté internationale et en particulier de l’ONU ?

Nous voudrions que les Nations unies se montrent très fermes sur la résolution de l’Assemblée générale concernant la Birmanie1 et qu’elles s’efforcent de la mettre en œuvre aussi vite que possible. Et nous aimerions que l’ensemble de la communauté internationale soutienne l’ONU sur ce point.


Quel a été l’impact des sanctions internationales contre le Myanmar ?

Quand on parle de sanctions internationales, on parle généralement des sanctions américaines. Je dois souvent rappeler que ces mesures ne font qu’empêcher les hommes d’affaires américains de faire de nouveaux investissements dans le pays. Mais les investissements antérieurs à l’instauration des sanctions sont toujours là. On ne peut donc pas dire que ces mesures aient eu des conséquences économiques importantes. En revanche, elles ont un impact politique très fort parce qu’elles montrent que le peuple américain est préoccupé par ce qui se passe en Birmanie. De plus, le fait que les Etats-Unis aient imposé des sanctions a rendu les autres pays plus attentifs à la situation birmane.


Pensez-vous que ces sanctions accélèrent l’évolution démocratique ?

Les sanctions toutes seules, non. Dans une situation comme la nôtre, très complexe, il faut toute une série d’actions pour réaliser les changements souhaités.


Qu’est-ce que la démocratie pour vous ?

C’est exactement ce que je demande aux gens quand je voyage à travers la Birmanie, et en particulier aux habitants des régions rurales et des villages. Je leur demande ce qu’ils entendent par ce mot et pourquoi ils veulent la démocratie. Bien souvent, ils répondent simplement : « Nous voulons être libres ».

Je définis donc la démocratie comme un système qui garantit à la fois la liberté et la sécurité. Bien sûr, les gens ont envie de se sentir protégés mais ils ne veulent pas d’une fausse sécurité qui n’autorise aucune liberté. Pour parvenir à cet objectif, il faut instaurer des institutions démocratiques de base, comme un pouvoir judiciaire indépendant, des élections régulières, libres et loyales, un gouvernement élu, une presse libre et ainsi de suite. Au-delà, je pense que nous trouverons probablement notre propre forme de démocratie. C’est ce qui s’est passé partout dans le monde. La France a sa propre forme de démocratie, les Etats-Unis la leur, de même que la Suisse, l’Angleterre, etc.


Vous avez retrouvé la liberté en mai 2002. Le soutien international dont vous avez bénéficié a-t-il joué un rôle dans cette libération ?

Oui. Comme je l’ai dit, le soutien international n’est pas tout mais il joue un rôle important.


(remarques : Aung San Suu Kyi est libérée de sa résidence surveillée le 6 mai 2002, mais depuis 2003 Aung San Suu Kyi a été, malheureusement, de nouveau assignée à résidence (ndlr). En savoir plus lire
ICI )


Quels sont les autres facteurs ?

Le fait que les Birmans veuillent le changement. Et le fait que nous ayons intérêt, des deux côtés, à être en bons termes plutôt qu’en mauvais termes. J’aimerais accorder le bénéfice du doute au régime, croire qu’il veut vraiment le bien du pays et qu’il comprend que la réconciliation est la meilleure solution pour tout le monde.


Etes-vous vraiment libre ?

Je suis libre. Mais c’est une liberté relative car les gens, eux, ne sont pas toujours libres de venir vers moi. Mon dernier voyage dans l’Etat d’Arakan l’a prouvé. Les gens n’ont pas pu s’approcher de moi ni me manifester leur soutien. Lorsque j’ai été libérée, j’ai bien dit que cela ne signifiait pas que la démocratie avait gagné. Nous sommes loin d’être arrivés au bout du chemin. Nous sommes encore quelque part au début et il faut avancer. Et ce que je voudrais dire aujourd’hui, c’est que dans la mesure de nos moyens, il faut avancer vite, pour le bien de ce pays.


Depuis votre libération, avez-vous pu reprendre normalement vos activités politiques à la tête de votre parti, la Ligue nationale pour la démocratie ?

Je ne peux pas dire que je mène les activités d’une responsable normale d’un parti normal, car aucun parti politique ne peut fonctionner normalement en Birmanie. C’est ce que nous essayons d’obtenir car c’est l’un des facteurs importants du processus de changement. Dans une certaine mesure, la situation politique a évolué. Le progrès le plus évident, c’est sans doute que La Ligue nationale pour la démocratie a pu élargir son champ d’action. Et je peux me déplacer dans tout le pays. Mais la nouveauté la plus importante que j’ai découverte n’est pas forcément liée à ma libération : il s’agit du soutien massif des jeunes Birmans et du sens de la solidarité qui existe entre les différents groupes ethniques du pays.


A ce propos, quel degré de priorité attachez-vous à la construction d’une coalition nationale ?

C’est un défi essentiel ; c’est même le problème numéro un. La Birmanie est une union, un pays composé de nombreuses communautés ethniques. Nous n’aurons jamais la paix si nous n’établissons pas une vraie solidarité entre ces communautés. Ce qu’il nous faut, c’est un système fédéral qui tienne compte de leurs aspirations. Comme je l’ai déjà souligné, j’ai découvert une très grande solidarité entre les différents groupes ethniques, lorsque je me suis rendue dans les Etats de Shan et d’Arakan.

L’accueil que m’ont réservé les habitants de ces régions a été très réconfortant et extrêmement encourageant. Je crois que nous progressons régulièrement vers une solidarité interethnique authentique.


Quelles sont les prochaines étapes ?

Il faut instaurer le dialogue. Nous devons nous asseoir autour d’une table avec le SPDC [le Conseil d’Etat pour la paix et le développement, organe dirigeant du Myanmar] et débattre des questions importantes pour le pays.


Quelle est la situation des droits de l’homme en Birmanie ?
Nous ne jouissons pas des droits les plus élémentaires définis par la Déclaration universelle.

Qu’en est-il des prisonniers politiques ?
Un certain nombre de prisonniers politiques ont été libérés mais des centaines d’autres sont toujours en détention. Nous demandons qu’ils soient libérés sans condition et aussi vite que possible.


Où en sont les négociations sur ce point ?

Il n’y en a pas.

Quels sont les principaux besoins de la Birmanie en matière d’éducation et de culture ?

Pour ce qui est de l’éducation, nous avons de multiples besoins. Je pense en particulier à l’enseignement supérieur car trop de jeunes quittent l’école sans être formés. Tout le système doit être revu.

Pour ce qui est de la culture, notre pays abritant de nombreux groupes ethniques, il est capital de préserver la diversité des cultures. La démocratie donnera à tous la possibilité de contribuer au développement de l’éducation et de la culture. Car la démocratie permet aux gens d’utiliser librement leurs talents pour améliorer la situation de leur pays. Ce que je voudrais, c’est voir fleurir de nombreux organismes, instituts et activités culturels et éducatifs.


Qu’avez-vous à dire aux gens qui estiment que les droits de l’homme sont un concept occidental qui ne s’applique pas à l’Asie ?

Je leur pose une question : les Asiatiques ne sont-ils pas des êtres humains ?


- Par Anais
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Samedi 8 mars 2008

Aujourd'hui ,  8 Mars journée de la femme , je voulais parler de Aung San Suu Kyi ; cette opposante birmane a été prix Nobel de la paix en 1991
La situation en Birmanie est toujours la meme hélas


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Cet article est tiré du site d'Amnesty International




Aung San Suu Kyi

 

Le parti de Daw Aung San Suu Kyi a remporté les élections générales au Myanmar en 1990. Mais, loin de pouvoir remplir ses fonctions de dirigeante nationale, elle a été placée en résidence surveillée par les autorités militaires et se trouve encore aujourd’hui dans cette situation.

Âgée de soixante-deux ans, Aung San Suu Kyi est secrétaire générale et cofondatrice du principal parti d’opposition du Myanmar, la Ligue nationale pour la démocratie (NLD). Elle a été placée en résidence surveillée pour la première fois en juillet 1989 après la répression brutale des manifestations de 1988, favorables à la démocratie. Un an après, son parti a remporté les élections à une majorité écrasante. Mais les militaires qui détiennent le pouvoir ont annulé les élections et ont continué à priver Aung San Suu Kyi de sa liberté.

Aung San Suu Kyi n’est généralement pas autorisée à recevoir des visiteurs. Maintenue dans un isolement croissant, elle ne peut recevoir que de rares visites de son médecin. L’ordonnance de détention la concernant arrive à échéance le 27 mai 2008.

Elle a été privée de liberté à maintes reprises depuis 1989, se voyant imposer de longues phases de détention non officielle, d'assignation à domicile en vertu des lois relatives à la détention administrative et d'entraves à son droit de circuler librement. Sa période de détention la plus récente se poursuit depuis le 30 mai 2003, après une attaque violente lancée contre un groupe de membres de la NLD dont elle faisait partie lors d’un voyage dans le nord du Myanmar. Cette attaque aurait été menée avec la participation d’agents de l’État et d’organisations civiles soutenues par l’État. À ce jour, elle n’a pas fait l’objet d’une enquête indépendante.

Une embuscade avait été tendue de nuit sur la route empruntée par Aung San Suu Kyi et son entourage, entre deux villages proches de Depeyin, dans une partie isolée de la division de Sagaing. Le convoi a été la cible d’une attaque violente et bien organisée. Des hommes armés de bambous taillés en pointe, de barres de fer et de pierres ont attaqué les véhicules, ont forcé les passagers à sortir des voitures et leur ont assené des coups répétés sur la tête et le corps.

Des membres du mouvement des jeunes de la NLD et d’autres militants se sont efforcés de protéger les dirigeants, parmi lesquels figuraient Aung San Suu Kyi et le vice-président de la NLD, U Tin Oo. Quatre personnes au moins ont été tuées. Les blessés, parfois gravement atteints, ont été extrêmement nombreux. Aung San Suu Kyi et les membres de son escorte sont parvenus à s’enfuir mais, peu de temps après, ils ont été arrêtés et placés en détention au secret.

Après cet épisode, les autorités ont affirmé qu’Aung San Suu Kyi était maintenue en détention pour assurer sa protection et que les mesures prises contre les dirigeants détenus seraient levées dès que la situation serait normalisée. En juillet 2003, les autorités ont promis qu’elle serait libérée «le moment venu» et ont affirmé attendre une «diminution des tensions». En août 2003, elles ont fait la déclaration suivante: «Ne parlons pas de détention… Nous ne nourrissons aucune espèce d’animosité à l’égard d’Aung San Suu Kyi. C’est pourquoi nous n’avons engagé aucune action judiciaire contre elle ou son parti.»

Après avoir été maintenue au secret dans un camp de l’armée, Aung San Suu Kyi a été transférée dans sa propre maison en septembre 2003 et s’est trouvée placée de fait en résidence surveillée. En novembre 2003, les autorités ont rendu une ordonnance de détention pour une durée d’un an en vertu d’une loi relative à la détention administrative. Cette ordonnance a été renouvelée par la suite de manière systématique.

Aung San Suu Kyi avait auparavant été assignée à domicile en raison de son rôle de dirigeante de l'opposition entre 1989 et 1995 et de 2000 à 2002. Au cours de ces périodes, les autorités ont modifié deux fois la législation en vertu de laquelle elle est privée de liberté, pour que la durée de cette détention sans inculpation ni jugement puisse être prolongée.

Même lorsqu’elle n’était pas officiellement assignée à domicile, Aung San Suu Kyi n’a cessé de subir des limitations de sa liberté de mouvement. Les autorités bloquaient les routes, appréhendaient souvent ceux qui cherchaient à la rencontrer et ne permettaient pas aux membres de sa famille de venir dans le pays pour lui rendre visite. Il lui a ainsi été impossible de revoir son mari grièvement malade.

- Par Anais
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